Auteur : Christian Grenier
Titre : Virus L.I.V.3 ou la Mort des Livres
Biographie de l'auteur : De nationalité française, Christian Grenier est né à Paris en 1945. En 1968, il découvre la science-fiction et se spécialise dans ce genre littéraire. Professeur dans un collège parisien,il obtient en 1972 le prix O.R.T.F. pour son 3e roman qui marque le début d'une carrière consacrée en majorité à la science-fiction. En 1981, il dirige la série SF de la collection Folio Junior. En 1988, il obtient le prix de la science-fiction française pour "Le cour en abîme". Depuis 1990, Christian Grenier a quitté Paris et l'enseignement pour vivre dans le Périgord où il se consacre à l'écriture et aux rencontres avec ses jeunes lecteurs.
Résumé : Allis L.C. Wonder, une jeune Lettrée, communique par Internet avec Mondaye, une amie qu'elle n'a jamais vue. Elle reçoit la visite de trois Voyelles : Emma G.F. Croisset, Rob D.F. Binson et Colin B.V. Chloé. Ils lui annoncent qu'elle vient d'être élue à l'Académie grâce à l'ouvrage ( pourtant provocateur et ambigu ) qu'elle vient de publier : Des livres et nous. Le récit d'Allis semble, en effet, une main tendue aux Zappeurs. Son titre rappelle leur cri de guerre : « Délivrez-nous des livres ! » Stupéfaits de surprendre Allis en train de communiquer sur Internet, les Académiciens en comprennent vite la raison : Allis est sourde et muette, l'informatique est son seul moyen de communiquer. Ils devinent aussi pourquoi Allis ne condamne pas systématiquement les Zappeurs : elle correspond quotidiennement avec eux. En fait, ils n'ont élu Allis que pour une seule raison : elle leur semble apte à se rendre chez les Zappeurs, découvrir la ZZZ et négocier avec leur chef, Lund, afin que le virus cesse ses ravages ou que soit livré un antidote aux Lettrés.
Après avoir constaté les effets étonnants et séduisants du virus ( car Allis peut entendre et parler en LIV ! ) elle se rend chez les Zappeurs et parvient jusqu'à Lund. De même qu'Allis est privée de la parole, lui aussi est privé de l'usage d'un sens fort précieux : la vue. Cependant, la sourde-muette et l'aveugle communiquent par technologie interposée, grâce à la présence bienveillante de Taboul, un « homme-écran ».
Critique : C'est un petit roman très agréble à lire.
Le thème m'a particulièrement plu puisqu'il s'attaque directement à notre passe-temps favori. A savoir les livres.
Que ferions-nous sans les livres ? Que ferions nous si chaque lignes lues disparaissaient ?
Ds l'histoire, à chaque fois que l'on commence la lecture d'un livre, on se retrouve plonger au c½ur de l'action, comme si nous en étions le héros ou l'héroïne. Comme si, nous vivions ds le roman. Ce qui n'est jamais que l'aboutissement de la notion d'imagination mais qui là, est rendue possible, en réalité. On devient réellement le héros.
La porte des histoires les plus fantastiques s'offrent à nous.
Où l'on devient une princesse enfermée ds son donjon, un jeune garçon qui découvre un ½uf de Dragon, ...
Une infinité de possibilité s'offre dès lors à nous.
Malheureusement, l'auteur de développe pas assez. Ce n'est pas aboutit. Ca nous donne juste envie de découvrir l'univers de la science-fiction et ses infinies possibilités.
A lire, juste pour le plaisir et pour se détendre.
Extrait : « J'eus un moment d'euphorie intense. Ainsi, c'était vrai : j'avais été élue ; j'avais le privilège de traverser Paris dans ce véhicule étonnant — et en compagnie des trois Voyelles les plus prestigieuses de l'Académie.
— Vous vivez seule ? me demanda Emma.
— Oui, écrivis-je sur mon carnet. Les livres m'ont permis d'apprivoiser ma solitude.
— Vos parents...
C'était une question puisque Emma laissa sa phrase en suspens.
— Ils sont morts il y a deux ans. Ils étaient sourds-muets eux aussi. Ils m'adoraient. Mon enfance fut très heureuse.
— Votre existence ne doit pas être facile.
Elle semblait si compatissante que j'écrivis pour la rassurer :
— Grâce au PPP, mes interlocuteurs construisent leurs phrases, articulent les mots. Ils veillent à s'exprimer de façon simple et claire et à ne pas s'interrompre les uns les autres. Ainsi, faute de leur répondre, je peux suivre leurs conversations.
Qu'aurais-je pu ajouter ? Que mon handicap, dans la République des Lettres, m'excluait des salons ? Que mon amie Mondaye ignorait mon infirmité ? Que rencontrer l'âme-soeur était exclu — qui aurait accepté de vivre avec une sourde-muette ? Le seul garçon que j'avais jamais aimé était Lund, le héros du livre d'Emma, ce fameux Fils disparu ! Son sort m'avait bouleversée ; mais la pudeur m'empêchait de l'avouer à son auteur. J'étais encore trop intimidée pour interroger cette femme qui m'impressionnait. Etait-elle vraiment la mère de ce personnage de roman ? Son ouvrage avait-il une part de vérité — et laquelle ?
Emma détourna la tête. Elle était la première à savoir que les sourds-muets, dans l'Europe des Lettres, étaient devenus aussi rares qu'encombrants ; si rares que n'existait même plus leur fameux « langage des signes » : s'ils désiraient s'intégrer à la société, ils devaient lire et écrire, seul moyen pour eux de s'exprimer.
C'est ce que j'avais fait.
Emma se retourna une nouvelle fois vers moi :
— Désormais, vous allez rejoindre une grande famille.
Elle ne semblait pas vraiment s'en réjouir. Si ce que relatait son roman était vrai, elle n'avait aucune nouvelle de son fils depuis plusieurs années. D'une certaine façon, elle était orpheline, elle aussi. Mais cela ne nous rapprochait guère : Emma semblait lointaine et très préoccupée.
Les rues et les avenues étaient désertes. Depuis la disparition des cinémas et l'instauration de l'Heure du Livre, l'activité nocturne des villes s'était réduite aux théâtres et aux salles de concert. La nuit, les clients des bars passaient pour mener une vie dissolue. Et ceux qui boudaient l'Heure du Livre étaient aussi mal vus que les fumeurs au milieu du XXIe siècle...
Soudain, Emma me désigna les vitrines de l'avenue :
— Vous voyez toutes ces librairies, Allis ? Toutes ces bibliothèques, ces bouquinistes, ces ateliers de reliure, d'écriture ou de calligraphie ? Eh bien ils vont tous disparaître. Oui : les livres vont mourir, Allis. Tous les livres.
Bien qu'elle eût soigneusement articulé, je doutai avoir compris. Elle guettait ma réaction — comme si j'avais pu déjà soupçonner cette prochaine catastrophe. Mais je ne pouvais afficher qu'une expression incrédule.
Je griffonnai sur mon calepin :
— Que dites-vous ? Je ne comprends pas. C'est impossible !
Rob, à l'avant de la voiture, se retourna pour s'emparer de mon crayon ; il attendit un bref assentiment d'Emma pour noter à son tour :
— Un virus a fait son apparition. Il détruit les textes. Il se propage dans le monde entier, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.”